Cette thèse en sciences de l'éducation explore les frontières poreuses de la possession, de la folie et du chamanisme dans un contexte occidental. S'inscrivant dans une démarche résolument féministe, cette recherche met en lumière et dénonce les inégalités épistémiques, les dynamiques de pouvoir et l’oppression systémique qui disqualifient la parole des sujets minorisés. Elle interroge frontalement la manière dont les institutions psychiatriques et patriarcales perpétuent des dominations et dissimulent des systèmes incestuels en pathologisant la résistance des corps et des esprits. Dans un récit qui se base sur la chronologie des cartes du tarot, elle place au centre de la recherche la légitimité et la transmission des savoirs expérientiels. Ce travail se déploie dans une rupture radicale des codes du langage académique en se revendiquant comme une performance à la fois scientifique et artistique. Le manuscrit se veut subversif dans sa mise en forme. Il prend vie dans une hybridation poétique associant textes de haut niveau, rêveries fantasmatiques, dessins et hyperliens ouvrant sur des univers musicaux. Il s’agit d’une expérience immersive unique et indisciplinée qui épouse la figure de « l’escargot-cyborg combattant ». Inspiré des motifs marginaux gravés sur les cathédrales médiévales, l'escargot combattant opère une inversion sauvage des valeurs dominantes, guerrières et masculines. Sa coquille en spirale symbolise une vie intérieure dense, lente, en résistance. Connecté au concept de cyborg de Donna Haraway, dépouillé ici de son matérialisme pour ne garder que sa puissance d'hybridation féministe et son refus des dualismes, cet archétype forge une subjectivité insoumise face aux violences systémiques. L'escargot-cyborg combattant est capable de danser, de naviguer entre l'organique, la technologie et le sacré. La méthodologie s'ancre dans le paradigme de la recherche biographique en éducation et des approches éco-auto-biographiques. Ce récit de métamorphose est croisé avec une palette théorique pluridisciplinaire et colorée unissant l’anthropologie, les sciences de la religion, la philosophie, l'antipsychiatrie et les épistémologies féministes. Les interprétations ainsi que l'analyse se nourrissent profondément des traditions spirituelles orientales et occidentales, croisant le bouddhisme et le christianisme. La thèse explore notamment la manière dont la crucifixion au sens du christianisme se rejoue au cœur des délires mystiques, non pas comme une pathologie à détruire, mais comme un processus spirituel de mise à mort de l'ancien soi opprimé, indispensable à la renaissance. Les résultats en action et en vie démontrent que le détour par le mythe, le symbole, l'art et l'initiation spirituelle permet de briser le stigmate, la violence et la pathologisation psychiatrique. Théoriser et expérimenter sa propre folie sous l'angle du chamanisme devient un acte magique, de justice tant spirituelle que rationnelle dans une transmutation collective. En conclusion, cette thèse soutient que l'aboutissement de cette traversée n'est ni la réintégration sociale, ni l'aménagement thérapeutique au sein de l'institution. Elle acte un « devenir-chamane ». Elle prouve que l'épreuve de la folie, traversée et conscientisée par l'éducation de soi, transforme le sujet en une personne initiée, investie d'une puissance politique nouvelle, désormais capable de soigner, de guider et d'accompagner sa propre communauté.