Master
French
La trahison : sa nature, sa normativité et sa portée émotionnelle
ContributorsCerutti, Sergio
DirectorsDeonna, Julien
Handover date2026-06-03
Defense date2026-06-18
Abstract
Lorsqu’on interroge les gens sur la trahison, beaucoup avancent spontanément plusieurs idées. Premièrement, que la trahison consiste fondamentalement en une rupture de confiance. Deuxièmement, que trahir est toujours fautif (wrong), ou du moins mauvais (bad). Troisièmement, que la trahison suscite souvent chez ses victimes des réactions émotionnelles spécifiques, communément décrites comme des « sentiments de trahison » ou le fait de « se sentir trahi ». Ces affirmations paraissent intuitivement plausibles. Pourtant, je suis convaincu qu’elles sont soit fausses, soit à nuancer. Mon mémoire est composé de trois chapitres. Chacun contribue à montrer pourquoi ces intuitions courantes à propos de la trahison ne résistent pas à un examen rigoureux. Le premier chapitre s’attache à identifier l’essence de la trahison à travers ses multiples manifestations. Il soutient que les trahisons ne sont ni des ruptures de confiance, comme le défend Stout (2022), ni des érosions de relations « épaisses », comme le suggère Margalit (2017). Elles sont plutôt des manquements à certains devoirs spécifiques, à savoir des devoirs de loyauté de haut niveau. Ces devoirs sont (i) moraux, (ii) dirigés, (iii) spéciaux et (iv) généralement non corrélés à des droits. Je soutiens que cette analyse constitue une alternative supérieure à celles proposées par Margalit et Stout, car elle permet d’unifier, par une explication unique et convaincante, un ensemble plus large de phénomènes communément considérés comme des cas de trahison. Le deuxième chapitre se tourne vers la dimension normative de la trahison. Après avoir distingué avec précision le caractère fautif (wrongness) et le caractère mauvais (badness), il s’interroge : les trahisons sont-elles toujours fautives, toujours mauvaises ? Comme annoncé, les réponses apportées sont bien plus nuancées que ne le suggère l’intuition. Plus précisément, le chapitre soutient que certaines trahisons ne sont moralement fautives que pro tanto, et que d’autres peuvent être entièrement justes. Quant à leur caractère mauvais, il distingue plusieurs types de valeur négative. Si toutes les trahisons semblent (au moins pro tanto) mauvaises au sens final, la valeur négative instrumentale, la valeur négative en tant que signe (signatory disvalue) et la valeur négative prudentielle non dérivée ne sont pas des caractéristiques universelles de la trahison. Le troisième chapitre examine enfin la portée émotionnelle de la trahison. Après avoir envisagé et rejeté l’idée selon laquelle se sentir trahi constituerait une émotion sui generis, ou un sous-type spécifique d’une émotion plus familière (notamment le ressentiment), il soutient que l’expression « se sentir trahi » est un terme générique désignant une variété d’émotions suffisamment négatives, dont les bases cognitives ont pour contenu : « j’ai été trahi ». Le chapitre analyse ensuite plusieurs réactions émotionnelles fréquentes chez les personnes trahies et chez les traîtres. Il en précise les évaluations sous-jacentes et en examine la correction (fittingness) dans les contextes de trahison.
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Affiliation entities
Citation (ISO format)
CERUTTI, Sergio. La trahison : sa nature, sa normativité et sa portée émotionnelle. Master, 2026.
Main files (1)
Master thesis
Identifiers
- PID : unige:194176
Technical informations
Creation18/06/2026 14:33:32
First validation19/06/2026 11:17:29
Update19/06/2026 11:17:29
Status update19/06/2026 11:17:29
Last indexation19/06/2026 11:17:30
