Intitulée « Recadrer l’esprit critique : les métaphores peuvent-elles aider à voir au-delà des biais ? », cette thèse examine le potentiel du cadrage métaphorique pour réduire le biais de confirmation, identifié comme un obstacle majeur à une prise de décision éclairée. Elle explore comment un dispositif fondé sur le cadrage métaphorique pourrait favoriser l’ouverture à des points de vue alternatifs dans un contexte marqué par la surabondance d’informations disponibles et la diffusion de fausses informations. Elle repose sur le postulat que les métaphores, en rendant certains aspects de la réalité plus saillants et en masquant d’autres, peuvent faciliter le changement de perspective.
Les métaphores pourraient ainsi réduire les manifestations typiques du biais de confirmation, telles que l’exposition sélective à l’information, l’influence des attitudes préalables ou encore le myside bias, tout en favorisant la révision des croyances. Cette hypothèse a été expérimentalement testée dans le cadre de la recherche d’informations, de l’évaluation de preuves, du raisonnement argumentatif et de la susceptibilité aux biais. Les résultats suggèrent que le fait de présenter l’esprit critique comme un « bouclier » peut réduire la sélection d’informations congruentes avec les croyances préalables sur les neuromythes éducatifs et encourager leur révision.
Dans une autre étude, la même métaphore a permis une meilleure interprétation de données scientifiques que la métaphore de la « boussole », mais a paradoxalement renforcé l’influence des croyances préexistantes lors de l’évaluation de leur qualité. Concernant le raisonnement argumentatif, la métaphore du « combat » a eu tendance à augmenter l’exposition sélective à l’information chez des étudiants universitaires, tandis qu’une conception collaborative du débat (la métaphore de la « construction de pont ») était associée à une meilleure prise en compte des points de vue opposés. Enfin, l’influence du cadrage métaphorique sur la performance au test de réflexion cognitive (CRT), qui est un indicateur de la susceptibilité aux biais, s’est avérée avoir des effets différenciés selon le genre.
En synthèse, cette thèse met en lumière que si les métaphores peuvent effectivement aider à voir au-delà des biais, leur effet est subtil et dépend du contexte. En particulier, elles peuvent atténuer ou renforcer le biais de confirmation en fonction de la tâche, du contenu ou de la population. Finalement, cette thèse a conduit au développement d’un cadre de recherche – le modèle TOMI pour Tendencies, Outcomes, Moderators et Intervention – afin d’orienter les futures recherches sur le biais de confirmation et leurs éventuelles interventions.