Les visées prioritaires du Plan d’Études romand (ci-après, PER), prescriptions officielles pour l’enseignement aux élèves entre 5 et 15 ans en Suisse romande, prônent pour l’enseignement des arts plastiques et visuels (APV) « le développement de la personnalité par l’accès à la culture à travers le processus créatif » (PER, Arts – Corps et mouvement, 2010, p. 5). Cet enseignement basé sur « l’expérimentation dans une perspective identitaire » (PER, Arts – Corps et mouvement, 2010, p. 5-9) impliquant de fait une forte « adresse individuante » (Kerlan, 2004) aux élèves et ancre l’enseignement dans la pratique soulignant une tension entre normes relatives à une tradition enseignante et développement de la personnalité. En cela, il s’agit d’une forme scolaire (Vincent, 1994) que nous abordons ici sous l’angle d’une tradition enseignante soumise à des impératifs divers, dont nous retenons : l’écart entre l’évolution d’une discipline scolaire et l’évolution de ses pratiques de référence dans le cadre des écoles d’art (Martinand, 1986) ; les représentations inhérentes à cet écart qui influent sur l’acte d’enseignement en APV pour les futurs enseignants.
Cette tension semble décuplée par le manque de moyens d’enseignement ou de programme à proprement parler et par l’absence de consensus dans la corporation due à la diversité constitutive des pratiques sociales de références. Cela implique pour les enseignants une liberté totale quant aux choix des savoirs à enseigner.
Dans cet article, nous nous posons les questions suivantes :
– Quels sont les contenus d’apprentissage mis à l’étude pour favoriser la « prise de risque » des élèves et quels sont les aménagements prévus à cet effet par les enseignants ?
– Comment, en présence ou en l’absence explicite de cadre normatif, des contenus d’apprentissages sont-ils transmis par l’enseignant ?
Nos premiers résultats démontrent une difficulté à transposer des savoirs propres à favoriser le développement de « la pensée créatrice » dans des situations pratiques.