UNIGE document Conference Presentation
previous document  unige:97679  next document
add to browser collection
Title

Egouts-Dégoûts ? : travailler à l’abri des regards. Projection et discussion du film, réalisé par Claire Camblain, Ian Florin et Awa Konaré

Author
Presented at Workshop Vidéo et Sciences sociales. Université de Genève - 14 février - . 2014
Abstract Egouts-Dégouts : travailler à l’abri des regards donne la parole aux égoutiers de Genève. En capturant l’atmosphère particulière des égouts, la caméra s’invite dans le quotidien de ceux qui font vivre la ville souterraine. À Genève comme ailleurs, la construction urbaine répond depuis longtemps d’une esthétique de la propreté qui trouve ses racines au XIXe siècle. Au sortir de la révolution industrielle, les tenants d’une approche hygiéniste proposent de repenser la manière de faire la ville occidentale afin de la rendre plus saine. La doctrine hygiéniste marque alors durablement les représentations urbaines, qui se cristallisent encore aujourd’hui autour des canons établis par les hygiénistes : ordre, lumière et propreté. Paradoxalement, l’assainissement de la ville conduit à la création d’espaces souterrains qui concentrent les attributs négatifs de l’Urbain. Il s’agit d’ôter ces attributs de la vue des citadins. La ville affiche ainsi une face lumineuse et désirable, qui s’oppose à sa face sombre et dégoutante. Depuis sa création, le sous-sol urbain fait l’objet d’un imaginaire géographique souvent dépréciateur : les égouts sont alors associés à la saleté, à l’obscurité et à la puanteur. La valorisation de la propreté dans le projet urbain implique non seulement une stigmatisation des lieux identifiés comme sales, mais aussi une relégation des individus et groupes sociaux qui les pratiquent. Si la stigmatisation spatiale participe de la stigmatisation sociale, il apparaît alors que, par simple relation rhétorique, l’égoutier se voit attribuer les mêmes qualificatifs que ceux de l’égout. À la frontière spatiale décrite ici vient s’ajouter une frontière sociale qui participe de la relégation sociale des égoutiers. En s’ingéniant à séparer le propre du sale, on transgresse le tabou consistant à être au contact de déchets humains. Dès lors, travailler avec ce que rejette la société, c’est prendre le risque d’être soi-même rejeté. Des études de psychologie du travail ont montré comment les égoutiers de Paris ont été historiquement invisibilisés et déconsidérés à cause de leur environnement de travail et de leur profession. Le cas des égoutiers parisiens met en lumière un processus d’exclusion sociale qui pourrait prendre de l’ampleur avec la densification de la ville en sous-sol. Alors qu’on a tendance à penser la marginalisation en termes exclusivement horizontaux (quartiers, zones), il semble vital de considérer la dimension verticale des mécanismes de relégation spatiale. Si les égouts genevois n’ont ni l’ampleur ni l’histoire de leurs équivalents parisiens, la Genève souterraine existe bel et bien et mérite que l’on s’y intéresse. Avec le documentaire Egouts-Dégouts : travailler à l’abri des regards, la parole est donnée aux égoutiers genevois pour entendre ce qu’ils ont à dire de leur profession et de leur environnement de travail. L’usage de la vidéo permet de montrer un monde dissimulé et souvent ignoré, d’appréhender la ville dans sa bifacialité verticale. Le monde de la surface ne peut se penser sans le monde souterrain et les hommes qui le font vivre : c’est vers eux que ce documentaire veut tourner les projecteurs.
Keywords Égoutsvillevidéo
Full text
Structures
Research group Pôle/Institut Gouvernance de l'environnement et développement territorial (PI-GEDT)
Citation
(ISO format)
FLORIN, Ian. Egouts-Dégoûts ? : travailler à l’abri des regards. Projection et discussion du film, réalisé par Claire Camblain, Ian Florin et Awa Konaré. In: Workshop Vidéo et Sciences sociales. Université de Genève. 2014. https://archive-ouverte.unige.ch/unige:97679

78 hits

0 download

Update

Deposited on : 2017-10-17

Export document
Format :
Citation style :