Dans le contexte de l’évaluation neuropsychologique clinique, les scores aux tests cognitifs jouent un rôle central dans les décisions diagnostiques et thérapeutiques. Pourtant, leurs propriétés psychométriques restent insuffisamment étudiées. Dans une perspective fondée sur les preuves (Evidence-Based Practice), la fidélité des scores, qui renvoie à leur précision et à leur stabilité, ainsi que la validité des interprétations qui en découlent constituent des conditions essentielles à leur utilisation rigoureuse.
Cette thèse vise à évaluer la qualité psychométrique des scores issus d’un bilan neuropsychologique chez l’adulte, en examinant leur fidélité, leur structure interne et les implications de ces propriétés pour l’interprétation clinique individuelle.
La première étude porte sur la fidélité des scores, en distinguant la stabilité des différences interindividuelles de celle des profils intra-individuels. Les analyses test–retest révèlent une stabilité variable selon les mesures. L’étude des profils à l’aide de la distance conditionnelle de Mahalanobis montre également que certaines variations dans la configuration des scores peuvent être compatibles avec les fluctuations attendues des performances cognitives et ne traduisent donc pas nécessairement un changement cliniquement significatif.
La seconde étude examine la structure empirique des scores au moyen d’analyses factorielles exploratoires et d’analyses en réseau, réalisées auprès de participants tout-venants, de patients présentant un déclin cognitif subjectif et de patients ayant un trouble neurocognitif léger. Les résultats mettent en évidence des structures variables selon les groupes et les méthodes, ainsi qu’une certaine instabilité de plusieurs scores. Un regroupement récurrent par blocs d’épreuves est néanmoins observé, suggérant l’influence de dépendances locales et de facteurs instrumentaux. Ces résultats interrogent l’adéquation entre les structures empiriques et les modèles théoriques habituellement mobilisés pour interpréter les profils cognitifs.
Dans l’ensemble, cette thèse montre que certains scores utilisés en pratique clinique présentent des limites de fidélité et de validité, particulièrement lorsqu’ils sont interprétés au niveau individuel. Elle invite ainsi à une utilisation plus prudente des scores neuropsychologiques, tenant explicitement compte de leur précision et de leur structure, et souligne la nécessité de renforcer l’articulation entre psychométrie et neuropsychologie clinique afin de produire des interprétations plus rigoureuses et plus justes des profils cognitifs.