Ce mémoire propose une nouvelle perspective sur un épisode de la guerre de Succession d’Autriche : l’occupation espagnole de la Savoie entre 1742 et 1749. Si cet événement a déjà fait l’objet de plusieurs études, la place et le rôle de la République de Genève dans ce contexte demeurent encore peu explorés. Petite république non belligérante, Genève se retrouve pourtant directement confrontée aux conséquences de l’installation des troupes espagnoles dans les territoires qui l’entourent. L’encerclement progressif de son territoire, les atteintes à ses frontières, les difficultés d’approvisionnement et la présence d’une armée étrangère à ses portes placent alors sa souveraineté, son autonomie et son indépendance au cœur des préoccupations du Petit Conseil.
À partir d’un corpus de sources, composé des registres du Conseil de Genève, des archives relatives aux affaires étrangères et aux relations avec la Savoie, de la correspondance diplomatique de Jacques Pictet ainsi que des archives de la ville de Thonon, ce travail interroge les réponses politiques et diplomatiques apportées par la République face à cette situation de vulnérabilité. L’étude met notamment en lumière des sources inédites ou peu exploitées, parmi lesquelles le rapport de mission de François-Jean Turrettin, envoyé par Genève auprès des autorités espagnoles en 1743.
L’analyse de cette mission permet de replacer au centre de l’étude les négociations engagées par la République afin d’obtenir le respect de ses droits et de ses anciens traités, en particulier du traité de Saint-Julien. L’entrevue de Thonon, jusqu’alors absente des travaux historiographiques consacrés à la place de Genève durant l’occupation espagnole de la Savoie, constitue un moment essentiel de ce processus. L’ordonnance obtenue à l’issue des négociations, bien qu’elle ne réponde pas entièrement aux attentes genevoises, offre à la République des garanties importantes concernant son territoire, son approvisionnement et l’éloignement des troupes espagnoles.
En réorientant l’analyse de cet épisode de la guerre de Succession d’Autriche vers Genève et son environnement régional, ce mémoire met ainsi en évidence la manière dont une petite république, indirectement touchée par un conflit européen, mobilise ses ressources politiques et diplomatiques pour faire face à une situation de menace. L’étude montre que l’occupation espagnole de la Savoie constitue un moment important dans le processus de défense et de consolidation de la souveraineté genevoise, tout en permettant de redécouvrir le rôle de François-Jean Turrettin et l’importance de la conférence de Thonon dans l’histoire diplomatique de la République.