Cette thèse porte sur les traductions françaises de l’œuvre d’Antonio Tabucchi effectuées par Lise Chapuis, Bernard Comment et Martine Dejardin. Elle s’intéresse plus particulièrement à trois études de cas : 1) Le Petit Navire (1999), 2) Tristano meurt (2004) et 3) Petits malentendus sans importance (1987) / Petites équivoques sans importance (2006).
Ce travail vise, d’une part, à mettre en lumière l’apport de la génétique textuelle aux études traductologiques et, d’autre part, à dégager les particularités et les tendances communes aux processus traductifs des trois traducteurs, en tenant compte de leur contexte de production et de réception. Il propose aussi une description de l’histoire éditoriale de l’œuvre traduite en français de Tabucchi. Pour ce faire, trois méthodes sont mobilisées : l’analyse traductologique, l’approche génétique des traductions et les entretiens. Une attention particulière est portée à l’approche génétique, qui alterne des observations à l’échelle micro- et macro-textuelle, et s’appuie sur une typologie des mouvements génétiques élaborée à cet effet. Le corpus génétique se caractérise par sa richesse : il se compose des archives privées (brouillons, fiches de note, jeux d’épreuves, correspondances) de Lise Chapuis et de Bernard Comment.
Les résultats font apparaître plusieurs tendances dans la nature des révisions opérées au fil des campagnes de correction menées à partir d’un premier de traduction. On observe une majorité de rectifications lexicales, tandis que des réécritures de passages ponctuels révèlent des lieux de réflexion plus ciblés, liées à des difficultés propres au texte source. D’une manière générale, les processus convergent vers un travail constant sur l’expression en français et vers la recherche d’un équilibre entre idiomaticité, fluidité et particularités stylistiques du texte italien. Enfin, on constate que c’est lors de la révision que les rectifications de ponctuation sont les plus nombreuses.
Les trois études de cas permettent également de distinguer des processus individuels. Ainsi, le Petit Navire témoigne du travail minutieux de Lise Chapuis, nourri de nombreuses recherches encyclopédiques et révèle une forme de créativité dans ses choix traductifs, visant à tempérer l’ironie du texte italien. L’étude de Tristano meurt, quant à elle, présente un cas de closelaboration permise par l’élaboration contemporaine du texte italien et de sa traduction française. Ce cas interroge la notion même de texte source comme entité stable et antérieure à la traduction. Enfin, l’analyse de la traduction par Dejardin et de la retraduction par Comment de Piccoli equivoci senza importanza met en évidence deux postures distinctes. Si la première est une instance traductive double composée de la traductrice et des corrections de l’auteur et de l’éditeur sur sa traduction, la seconde se caractérise par une collaboration finale du traducteur avec l’auteur. Par ailleurs, on observe que la première traduction s’émancipe plus largement du texte italien, tandis que la retraduction, tout en cherchant une proximité avec le texte, fait un usage plus marqué de la ponctuation.