Dans les films, les séries, les publicités ou les clips de rap, la représentation de la femme soulève de nombreuses interrogations. En effet, dans ces médias de masse, le corps féminin est souvent mis en avant selon des codes précis : des attributs physiques jugés séduisants, des vêtements valorisant ses formes ou encore un maquillage accentuant sa beauté. Le corps de la femme devient alors le centre de l’attention, reléguant fréquemment au second plan sa personnalité, son intelligence ou ses émotions.
En 1975, Laura Mulvey, dans son essai Visual Pleasure and Narrative Cinema, théorise ce qu’elle nomme le « male gaze ». Ce concept désigne un regard qui fragmente le corps féminin, le découpe en parties pour mieux le sexualiser et le transformer en objet de désir. Ce regard insistant s’apparente à une forme de voyeurisme puisque celui qui regarde exerce un pouvoir sur la femme et tire un certain plaisir de cette situation. Ce processus s’accompagne souvent d’une dimension fétichiste car l’attention excessive portée à une partie du corps féminin suscite une forme d’excitation et réduit la femme à cette seule partie mise en valeur.
Ce n’est que plus tard qu’Iris Brey, en réaction à cette vision univoque, élabore la théorie du « female gaze ». Cette dernière propose un autre type de regard, qui ne cherche pas à transformer le corps en objet sexuel ni mettre l’autre mal à l’aise. Le female gaze perçoit au contraire l’objet du regard comme un sujet à part entière, capable de penser, de sentir, d’exprimer son désir et son consentement face à une réification.
Ces deux concepts, à l’origine développés pour le cinéma, peuvent être élargis à d’autres formes d’expression artistique. Mon objectif, dans ce travail de fin de master, est précisément d’adapter ces notions de gaze à la littérature. Ainsi, dans ce travail nous nous demanderons comment les œuvres de Gustave Flaubert, Madame Bovary et L’Éducation sentimentale, interrogent-elles chacune à leur manière le genre du gaze au XIXe siècle.
Dans une société contemporaine qui cherche à se détacher du modèle patriarcal et à valoriser la place des femmes, le choix d’un mémoire inscrit dans les études genre s’est imposé à moi comme une évidence. Mon travail vise ainsi à examiner les différents types de regards portés sur la femme, à les questionner, et à ouvrir la réflexion vers d’autres formes de représentations fondées sur la réciprocité, le consentement et le désir partagé.