Ce mémoire de recherche s’intéresse au paradoxe de l’aide contrainte dans le domaine de la protection de l’enfance, et tente de répondre à la question suivante : comment la relation d’aide contrainte influence-t-elle la mise en œuvre effective du droit à la protection et du droit à la participation des enfants, au sein du Service de Protection des Mineurs du canton de Genève ? Cette recherche a été conduite sur le terrain, au sein du Service de Protection des Mineurs de Genève. Elle mobilise des méthodes qualitatives à travers l’observation participante, des entretiens menés avec différents professionnels, l’analyse de sources écrites, ainsi que des savoirs pluridisciplinaires.
La relation d’aide contrainte constitue une dimension importante du travail quotidien des intervenants en protection de l’enfant. Elle se concrétise à travers la judiciarisation d’une situation, lorsque les besoins de l’enfant et les capacités parentales à y répondre le justifient. La contrainte peut également être implicite, dès lors que les familles, qui nécessitent un accompagnement dans la prise en charge de leur enfant, intègrent le dispositif de protection et collaborent afin d’éviter la judiciarisation de leur situation. La relation d’aide contrainte implique alors différents enjeux au sein des
interventions en protection de l’enfance. La manière dont elle est perçue et vécue entraîne diverses stratégies de collaboration adoptées par les parents et les mineurs, selon les intervenants interrogés, ayant des conséquences sur la mise en œuvre effective du droit à la protection et à la participation des enfants.
Pour que la relation contrainte ne soit pas uniquement définie par sa dimension coercitive et pour qu’elle soit véritablement considérée comme une aide, les familles doivent pouvoir en construire le sens, à travers leur expérience vécue au sein de la relation. Par ses modalités d’exercice, la contrainte peut être habilitante en offrant des opportunités de participation aux enfants et aux adolescents de manière sécurisée et accompagnée. Elle peut constituer un espace au sein duquel les jeunes peuvent développer des ressources et des compétences, favorisant leur pouvoir d’agir sur leur propre situation.
Les droits de l’enfant représentent une dimension permettant de faire sens de l’aide contrainte : la participation et la protection constituent des modalités à travers lesquelles elle se déploie, ainsi que des finalités de l’intervention. Ainsi, cette étude vise à articuler des notions qui, à première vue, peuvent apparaître paradoxales : l’aide contrainte, la participation et la protection s’inscrivent dans une dynamique interdépendante, dans laquelle chacune contribue à donner sens et effectivité aux autres.