Avec l'apparition du SARS-CoV-2 à la fin de l’année 2019, le monde a fait face à une crise sanitaire d’une ampleur inédite. La pandémie de COVID-19 a rapidement mis en lumière les limites des systèmes de surveillance épidémiologique traditionnels, reposant essentiellement sur les diagnostics cliniques et les tests virologiques. Si ces outils sont cruciaux pour détecter les cas actifs et contenir la propagation du virus, ils présentent plusieurs failles, notamment en phase précoce d’épidémies : sous-détection des formes asymptomatiques, disparités d’accès aux tests, variations dans les politiques de dépistage, ou encore retards dans la déclaration des cas.
Dans ce contexte, les études de séroprévalence ont émergé comme un outil complémentaire et essentiel pour estimer l'étendue réelle de l’infection dans la population. En détectant la présence d’anticorps spécifiques, notamment les immunoglobulines G (IgG), ces enquêtes permettent de retracer l’exposition antérieure d’un individu au virus, indépendamment de la présence ou non de symptômes. Elles offrent ainsi une photographie plus fidèle de la dynamique épidémique, en incluant les infections silencieuses ou non diagnostiquées. De plus, elles constituent une base précieuse pour identifier les groupes les plus touchés, évaluer l’immunité collective potentielle à travers le temps, et guider les stratégies de santé publique, notamment en matière de vaccination.
L’étude SEROCoV-POP menée à Genève, en Suisse, au printemps 2020, compte parmi les premières études de séroprévalence rigoureuses publiées pendant la pandémie de COVID-19. Cette enquête a combiné une approche méthodologique solide avec un échantillonnage représentatif de la population genevoise. En analysant la présence d’anticorps dans différentes tranches d’âge et catégories socio-professionnelles, l’article publié sur cette enquête, intitulé « Seroprevalence of anti-SARS-CoV-2 IgG antibodies, risk factors for infection and associated symptoms in Geneva, Switzerland: a population-based study », a non seulement estimé la séroprévalence au niveau local, mais également mis en lumière des inégalités dans la distribution du risque d’infection, et les symptômes associés.
L’objectif de cette thèse est de démontrer la valeur des enquêtes de séroprévalence populationnelles en tant qu’outils de surveillance épidémiologique en contexte pandémique, à travers l’exemple concret de l’étude SEROCoV-POP. Après avoir replacé ces enquêtes dans le contexte plus large de la pandémie de COVID-19 et des défis initiaux de la surveillance (chapitre II), l’article scientifique portant sur cette étude est présenté (chapitre III). Cette étude est ensuite discutée de manière critique (chapitre IV), à travers l’examen de ses apports, ses forces et limites méthodologiques et sa mise en perspective avec d’autres travaux nationaux et internationaux. Enfin, la thèse explore le rôle que pourraient jouer les enquêtes de séroprévalence dans la construction de systèmes de surveillance post-pandémiques intégrés et résilients face aux futures menaces sanitaires.