La gestion des déchets ménagers représente un défi majeur pour les villes des pays du Sud, confrontées à la croissance démographique, au manque d’infrastructures et à des capacités institutionnelles limitées. Au Maroc, malgré un cadre national ambitieux – PNDM, SNRVD et législations dédiées – un écart persiste entre les objectifs et leur mise en œuvre locale, surtout dans les petites villes. Sidi Ifni, cité côtière de 22 696 habitants, illustre cette situation : si la collecte et la propreté se sont améliorées ces dernières années, les déchets continuent d’être déposés dans une décharge non contrôlée à 3 km de la ville, où aboutissent plus de 50 tonnes de déchets par jour. Cette étude vise à identifier les pistes d’optimisation du système local de gestion des déchets en tenant compte des réalités socio-économiques, institutionnelles et environnementales. Elle adopte une approche systémique couvrant l’ensemble de la chaîne : production, collecte, valorisation et élimination. La méthodologie combine un audit quantitatif des déchets ménagers, des analyses microbiologiques d’eaux potentiellement exposées à la décharge et des entretiens semi‑directifs avec acteurs institutionnels, ménages, entreprises, recycleurs et spécialistes nationaux. Le diagnostic montre un système organisé en amont mais défaillant à l’étape d’élimination. Les déchets produits sont constitués à 75 % de matière organique, ce qui représente à la fois un défi opérationnel et un potentiel de valorisation largement inexploité. Le taux de production de 0,66 kg/hab/jour, inférieur à la moyenne nationale, augmente fortement en été en raison de l’afflux touristique, mettant en lumière la fragilité saisonnière du dispositif. La délégation du service de collecte à une entreprise privée depuis 2021 a permis une amélioration notable de la propreté urbaine. Cependant, l’absence de tri formel et de filières structurées de valorisation limite les performances environnementales : la récupération des recyclables repose presque entièrement sur des pratiques informelles, souvent précaires. La décharge à ciel ouvert apparaît comme la principale source de risques environnementaux et sanitaires. Les analyses et observations indiquent une pollution potentielle des sols et ressources en eau par les lixiviats, des émissions atmosphériques issues des combustions spontanées, ainsi que du méthane. Ces nuisances portent atteinte, à l’attractivité touristique et au développement urbain, et potentiellement à la santé des habitants. Bien qu’une nouvelle décharge contrôlée soit prévue, des blocages institutionnels retardent sa mise en service. Trois pistes d’optimisation sont proposées : mettre en place une collecte sélective des déchets organiques, accompagnée d’un effort de sensibilisation ; créer une unité municipale de compostage en andains, permettant de réduire les volumes envoyés en décharge et d’en améliorer la durée de vie ; finaliser et exploiter la décharge contrôlée selon les normes environnementales, incluant la gestion du biogaz et des lixiviats, avec intégration progressive des recycleurs informels. Ces propositions, cohérentes avec les stratégies nationales, nécessitent un appui institutionnel et financier pour permettre aux petites villes de concrétiser les ambitions du Maroc en matière de gestion durable des déchets.