Les canines maxillaires incluses palatines constituent une situation clinique fréquente et complexe, située à l’interface de l’orthodontie et de la chirurgie orale. Leur prise en charge repose sur une planification diagnostique rigoureuse, un choix raisonné des modalités d’imagerie et une coordination étroite entre les praticiens impliqués. Malgré une littérature abondante, les pratiques cliniques demeurent hétérogènes, notamment concernant les techniques chirurgicales, l’utilisation du CBCT et les stratégies de traction orthodontique.
L’objectif de ce travail était d’analyser les pratiques actuelles des médecins-dentistes suisses dans la prise en charge des canines maxillaires incluses palatines. Une étude observationnelle transversale a été menée à l’aide d’un questionnaire anonyme diffusé auprès de praticiens exerçant en Suisse. Le questionnaire explorait la formation initiale, le besoin perçu de formation complémentaire, les modalités d’imagerie utilisées, les processus décisionnels, les techniques chirurgicales privilégiées et les modalités de traction orthodontique.
Les résultats montrent que la majorité des praticiens interrogés prennent eux-mêmes en charge ces situations cliniques, malgré une formation initiale hétérogène. La radiographie panoramique constitue l’examen de base quasi systématique, tandis que le recours au CBCT est fréquent mais variable selon le contexte clinique. La décision thérapeutique est le plus souvent prise conjointement entre l’orthodontiste et le praticien réalisant la chirurgie, bien qu’une variabilité organisationnelle persiste. Sur le plan chirurgical, la technique à ciel ouvert, en particulier le lambeau palatin repositionné avec fenêtre, est la plus fréquemment rapportée. Le collage du dispositif de traction orthodontique est majoritairement réalisé au moment de la chirurgie, avec une préférence pour le bouton métallique associé à une chaînette.
Cette étude met en évidence une variabilité importante des pratiques en Suisse et souligne l’importance d’une planification tridimensionnelle raisonnée, d’une approche multidisciplinaire et d’une formation continue centrée sur les principes biologiques et décisionnels. Des études prospectives corrélant les choix techniques aux résultats cliniques apparaissent nécessaires afin d’améliorer la standardisation des pratiques et d’optimiser le pronostic orthodontique et parodontal des canines maxillaires incluses palatines.