Ce mémoire explore le motif du « sale » dans l’album Temps Mort de Booba, en soulignant sa complexité esthétique, linguistique et identitaire. L’analyse met en lumière une écriture fragmentaire, marquée par des ruptures syntaxiques, des références hétérogènes et une volonté de transgression, qui composent une esthétique du désordre paradoxalement structurée. À l’image de l’échantillonnage propre au hip-hop, cette écriture dialectique déconstruit pour mieux reconstruire, transformant chaque fragment en un vecteur d’expression marginale.
Le travail repose principalement sur une méthode d’analyse de texte rapprochée : il s'est agi de recomposer les pièces d’un puzzle poétique éparpillées dans l’album Temps Mort, en examinant finement les structures du langage, les effets de style et les enjeux identitaires. Ce choix méthodologique a permis de faire émerger une cohérence là où règne en apparence une forme de chaos formel. L’objectif a été de mettre en lumière la richesse poétique d’un langage souvent jugé brut, mais travaillé dans ses moindres inflexions: : « des poème[s] sans poésie ».
L’analyse s’est notamment appuyée sur les outils proposés par des chercheurs comme Henri Morier et André Wyss, dont les travaux sur le phrasé, la déstructuration syntaxique et les effets de rythme ont permis d’éclairer la spécificité de l’écriture rappée. Leurs approches ont été précieuses pour comprendre comment Booba, en jouant avec la matière sonore et les structures de la langue, construit un style singulier, à la fois performatif, subversif et expressif.
Le « sale » chez Booba se manifeste à travers un langage rugueux et transgressif, qui refuse les normes établies et crée un espace alternatif d’expression identitaire. Il agit à la fois comme un reflet d’une réalité sociale dure et comme une affirmation de singularité. Par des procédés stylistiques tels que l'équivoque sonore, les métaplasmes ou encore les décalages rythmiques, Temps Mort frappe l’auditeur et matérialise la brutalité du réel dans un esthétique du choc.
Temps Mort apparaît ainsi comme une œuvre fondatrice, qui articule transgression poétique et critique sociale, en faisant du « sale » un levier d’expression, de résistance et de transformation. Par la violence du style, la réinvention de la langue et l’affirmation identitaire, Booba avec ses : « textes à prendre à 1 degré 5 ».contribue à reconfigurer les rapports entre langage, pouvoir et subjectivité dans le paysage du rap français.