Les troubles anxieux et dépressifs, prévalents et souvent comorbides, sont associés à des altérations du traitement des signaux émotionnels, notamment des expressions faciales. Ces biais perceptifs, généralement marqués par une détection facilitée des émotions négatives et une sensibilité réduite aux positives, peuvent contribuer au maintien des symptômes et aux difficultés relationnelles. Cette recherche examine, dans un cadre non clinique, le lien entre détresse psychologique — conceptualisée de façon dimensionnelle et intégrant anxiété (d’état, de trait, sociale) et dépression — et rapidité de détection d’émotions faciales dynamiques.
Un échantillon de 217 étudiant·e·s en psychologie a complété des questionnaires standardisés (HADS, STAI, SPIN) et réalisé une tâche de reconnaissance émotionnelle utilisant des morphings progressifs d’expressions faciales (joie, colère, peur, tristesse, neutre). Les participant·e·s devaient détecter l’émotion cible. Les temps de réaction ont été analysés à l’aide de modèles multiniveaux, intégrant l’émotion cible, l’émotion d’origine, le score de détresse psychologique et des covariables (sexe, ordre des essais).
Les résultats indiquent que, dans l’interaction avec les émotions cibles, une détresse psychologique élevée est associée à une détection plus rapide des expressions négatives — colère, peur et tristesse —, sans ralentissement significatif dans la détection de la joie. L’émotion d’origine, principal prédicteur fixe, influence également la rapidité de détection. Bien que d’ampleur limitée, ces effets soutiennent l’hypothèse de biais perceptifs spécifiques liés aux troubles affectifs et confirment l’intérêt d’approches dimensionnelles intégrant anxiété et dépression. Par ailleurs, la proportion élevée de participant·e·s présentant des niveaux cliniques d’anxiété souligne une problématique de santé mentale à explorer.