Dans un contexte où la financiarisation prend de plus en plus d’ampleur, les monnaies communautaires apparaissent comme des outils de réintégration économique et politique. Ce mémoire analyse la tension entre réencastrement et marchandisation à travers l'étude de cas de la monnaie « Concha », originaire du Banco Comunitário Ilhamar à Matarandiba (Bahia, Brésil). La problématique centrale interroge la capacité de cette institution sociale à maintenir ses fonctions identitaires et solidaires face à un projet de croissance : l'extension de son usage à l’échelle de la municipalité de Vera Cruz.
La recherche repose sur une démarche qualitative inductive, effectuée au cours d’un séjour de 6 mois à Salvador de Bahia, combinant dix-sept entretiens semi-directifs avec des acteurs communautaires, institutionnels et politiques, ainsi que des observations participantes (cf. tableau page 44 pour tous les profils).
Les observations réalisées éclairent le fonctionnement de la Concha au sein de sa communauté d’origine, où elle joue un rôle central de consolidation des liens sociaux et économiques. L’analyse révèle, en s'appuyant, entre autres, sur les travaux de Zelizer, la mise en place d'une « économie multicentrique » où la monnaie est socialement « marquée », renforçant la cohésion sociale et la souveraineté locale. Cependant, le projet d'extension constitue un « moment critique » (Polanyi) qui confronte la monnaie à un double risque de marchandisation : celle de l'objet, qui pourrait devenir un souvenir touristique thésaurisé plutôt qu'un instrument de circulation, et celle de son sens politique, susceptible d'être instrumentalisé par des logiques marketing ou institutionnelles.
En conclusion, ce travail soutient que la capacité de la Concha à surmonter cette épreuve ne dépend pas d'un repli sur soi, mais de l'invention d'une gouvernance démocratique capable de gérer les contradictions de son expansion. La question n'est plus de savoir si la monnaie peut résister au marché, mais à quelles conditions politiques elle peut faire de son changement d'échelle un processus de réencastrement continu.