L’allogreffe de cellules souches hématopoïétiques (CSH) est une approche curative pour de nombreuses maladies hématologiques. Cependant, la maladie du greffon contre l’hôte (GvHD) et la rechute de l’hémopathie maligne sous-jacente demeurent des complications majeures de cette thérapie, malgré les progrès réalisées ces dernières décennies dans le domaine. Afin de réduire le risque de GvHD, notre centre de transplantation procède à une stratégie de déplétion partielle ex vivo du greffon en cellules T (pTCD), chez les patients en rémission complète au moment de la greffe. Cette étude a pour objectif d’évaluer l’impact de la pTCD sur le score composite GvHD-Free Relapse-Free Survival (GRFS), qui correspond à une survie sans GvHD aiguë de grade III–IV, sans GvHD chronique nécessitant une immunosuppression systémique, sans rechute ni décès.
Nous avons mené une étude rétrospective monocentrique appariée par score de propension afin d’évaluer l’outcome GRFS dans une cohorte de patients en rémission complète avant la transplantation. Le groupe témoin (non-pTCD) incluait des patients n’ayant pas bénéficié de la procédure, parfois en raison de limitations techniques survenues pendant la pandémie de COVID-19. Les greffes de CSH périphériques provenaient de donneurs HLA identiques ou de donneurs non apparentés avec une compatibilité HLA 10/10. Les receveurs bénéficiaient d’un conditionnement myéloablatif (MAC) ou d’intensité réduite (RIC). La déplétion en cellules T du greffon a été réalisée in vitro à l’aide d’alemtuzumab. Au total, 287 patients transplantés entre 2010 et 2022 ont été inclus dans l’étude, dont 121 ayant reçu des greffes avec pTCD. Une modélisation par régression logistique a été réalisée pour l’appariement de notre cohorte par score de propension avec l'utilisation de trois variables prédictives cliniques : l’indice de risque global de l’hémopathie (DRI), le type de conditionnement (MAC ou RIC) et le statut de maladie résiduelle mesurable (MRD).
La méthode d’appariement par score de propension sur la cohorte des 287 receveurs, a permis d’apparier un total de 174 patients avec des caractéristiques cliniques similaires. L’analyse de la GRFS entre nos deux groupes d'intérêt, groupe pTCD et groupe témoin sans pTCD, n’a pas révélé de différence significative (p = 0.215). En revanche, les analyses secondaires, explorant les différents paramètres du score composite, ont montré un avantage de la procédure pTCD concernant la survenue des évènements de type GvHD aiguë de grade 3-4 au cours des 3 premiers mois suivant la greffe (incidence cumulée de 3.4% versus 17.2%, p = 0.008). Aucun autre paramètre du score composite n’a montré un avantage de la procédure pTCD. Aucune différence n’a été observée en termes de survie sans progression (PFS) et de survie globale (OS) entre ces deux groupes.
En conclusion, notre étude n’a pas mis en évidence de différence significative du GRFS entre les receveurs ayant bénéficié d’une greffe avec pTCD et ceux n’ayant pas reçu cette intervention. Cependant, notre stratégie a montré un avantage en réduisant l’incidence des formes sévères aiguës de GvHD au cours des trois premiers mois post-allogreffe. De plus, contrairement à d’autres approches de déplétion lymphocytaire décrites dans la littérature, cette procédure n'était pas associée à une augmentation du risque de rechute.