La migration est un sujet très sensible parce qu’il renvoie chacun à ses peurs, comme la peur de l’inconnu, et à son besoin d’identité, d’appartenance, de reconnaissance. Depuis plusieurs années, la narration relative à la migration est essentiellement négative en Europe. Ce sentiment transparaît dans les médias, les décisions parlementaires, les votations, il donne une image négative des personnes qui arrivent en Europe, surtout celles issues des pays en développement ou en proie aux conflits.
Dans ce contexte, la traduction, revêt une importance non seulement linguistique, mais également sociale, parce que la langue, après le regard, est le premier contact direct entre un nouvel arrivant et son hôte. En effet, elle permet une meilleure compréhension interculturelle et donc une meilleure acceptation de l’autre. Elle implique aussi que le traducteur fasse des choix de traduction, et par là-même prenne position. Son engagement envers le texte peut se coupler à un engagement pour une cause qui peut se comprendre comme un acte politique. Cependant, pour que la communication existe et soit constructive, il faut que tous les acteurs, dont le traducteur, respectent une forme d’éthique qui doit se traduire par une relation de coopération équitable.
Mon travail se propose d’étudier quels enjeux représente, pour un traducteur, la traduction d’un texte ayant une forte portée émotionnelle auprès du lectorat. Il repose sur le postulat que la traduction peut contribuer à changer la narration prédominante, à la rendre plus positive.
Je me suis basé sur des communiqués de presse et des documents de travail issus de trois organismes internationaux (Forum mondial sur la migration et le développement, CICR et SOS-Méditerranée), rédigés en anglais et traduits en français. La période étudiée s’étend de 2015 à 2023.
J’ai cherché à déterminer quelles émotions la traduction véhiculait et quelle influence ces émotions exerçaient sur la population cible.
J’ai également cherché à comprendre quelles possibilités s’offraient au traducteur en matière de stratégies de traduction pour influencer l’opinion publique cible.
J’ai enfin voulu savoir de quelle manière des organismes, qui s’engagent directement en faveur des personnes en déplacement ou qui prônent une approche plus coordonnée et plus humaine de la migration, traduisaient en mots leur engagement.
Dans ce cadre-là, j’ai cherché à définir quelle forme d’éthique peut correspondre à la fois au domaine de la traduction et à celui de l’engagement social.