Alors que le contexte mondial tend au plurilinguisme, l’évaluation des personnes bilingues atteintes d’aphasie pose plusieurs problèmes. En effet, il n’existe pas de solutions acceptables pour évaluer cette population : soit les tests sont administrés dans la langue première (L1) du clinicien qui n’est, souvent, pas celle du patient, soit les tests n’offrent pas de normes spécifiques pour des individus évalués dans leur langue seconde (L2).
Actuellement, le Comprehensive Aphasia Test (Swinburn et al., 2008) (CAT) est en cours d’adaptation dans plusieurs langues. Cette batterie propose l’évaluation de troubles phasiques des patients ayant eu un accident vasculaire cérébral. Les normes existent, pour le moment, dans certaines langues (comme l’anglais) mais sont spécifiques aux personnes évaluées dans leur L1. Nous avons participé à l’élaboration de l’adaptation culturelle et psycholinguistique du CAT en français. Le fait que le bilinguisme implique des différences du fonctionnement cognitif, ceci associé à l’évaluation dans une langue seconde, font qu’on peut s’attendre à des différences de performances lors de l’évaluation de ces populations. Ces différences sont à prendre en compte pour une analyse plus fine et précise des résultats des patients afin de poser un diagnostic approprié et qui puisse guider adéquatement leur prise en charge.
Dans cette recherche, nous analysons les performances au CAT de 36 participants neurotypiques ayant le français comme L1 et 36 participants neurotypiques ayant le français comme L2. Le but est de voir s’il y a des différences de scores (globaux, screening cognitif et langagier ainsi que dans les différentes tâches) entre les participants L1 français et les participants L2 français afin d’indiquer la nécessité de l’adaptation des normes et si cette adaptation doit concerner plus spécifiquement certaines tâches.
Les résultats montrent des différences significatives entre participants L1 français et L2 français au niveau des scores globaux et de la partie langagière en faveur des participants L1 français alors que les scores au screening cognitif sont meilleurs chez les individus L2 français mais aussi des différences pour certaines sous-tâches et certains types d’items spécifiques.
En parallèle de ce travail une collègue a analysé quels facteurs liés à la L2 (âge et mode d’acquisition, niveau de maîtrise et usage, motivation à apprendre) impactent les résultats au CAT. Ces travaux permettront de donner une direction à prendre pour la création de normes adaptées aux personnes évaluées dans leur L2.